Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Aristovoulos

La cour est en larmes, pleure le roi,
inconsolable, il se lamente le roi Hérode;
la ville entière,
pleure Aristovoulos qui, par l'injustice du sort,
fut noyé jouant dans l'eau avec ses amis.

Lorsqu'ils le sauront ailleurs,
lorsqu'en Syrie la nouvelle parviendra,
beaucoup de Grecs seront tristes,
poètes et sculpteurs surtout seront en deuil;
la renommée d'Aristovoulos leur était parvenue
et jamais leur imagination n'avait pu concevoir
un éphèbe aussi parfait, aussi beau que ce garçon,
et qu'Antioche
n'a jamais pu ériger une statue de dieu
égalant la beauté de cet enfant d'Israel.

Elle pleure et se lamente la Grande Princesse,
sa mère, la première parmi les Juives,
Alexandra pleure et se lamente sur ce malheur.
Mais dès qu'elle est seule, tout son chagrin
se mute en rage. Elle gémit, elle injurie, elle maudit.
Comment l'ont-ils endormie! Dupée!
Comment en définitive ils réussirent leur plan.
Ils l'on ruinée, la maison des Assamonéens.
Comment ce roi fourbe, ce pervers, cette crapule,
l'a-t-il réussi?
Comment a-t-il fait, ce criminel, pour que Mariam
n'aie aucun soupçon de son plan infernal.
Si Mariam avait soupçonné quelque chose,
elle aurait trouvé moyen de sauver son frère,
- quoi qu'il en soit elle est la reine! -
elle aurait pu faire quelque chose.
Et à présent, comme elles doivent triompher,
comme elles doivent se réjouir en secret
ces ignobles femmes, Kypros et Salomè,
ces êtres pervers, Kypros et Salomè –
et qu'elle,
elle soit impuissante, obligée de feindre,
faire semblant de croire à leurs mensonges;
qu'elle, elle ne puisse pas aller vers le peuple,
sortir et crier aux Juifs, leur dire
leur crier comment, comment ce meurtre a eu lieu.

1918 - 82

Traduction : François Sommaripas

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