Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Aux environs d'Antioche

Nous fûmes abasourdis à Antioche
devant les nouvelles simagrées de Julien.

A Daphné Apollon s'est expliqué en personne!
Aucun oracle, lui a-t-il dit, (nous voilà confondus!).
Pas d'oracle avant que son sanctuaire à Daphné
ne soit nettoyé. Les morts avoisinants le dérangeaient.

À Daphné, il y a plein de tombes. Entre autres,
celle de l'admirable, la gloire de notre église
le très saint, le triomphant martyr Babylas.

C'est à lui que le faux dieu faisait illusion,
c'est lui qu'il craignait. Autant qu'il le sentait
tout près, il n'osait pas se manifester; bouche cousue!
(devant nos martyrs, les faux dieux paniquent).

Il s'est mis en branle, l'impie Julien,
il s'est énervé, se mit à crier:
enlevez-le, mettez-le ailleurs - ôtez-moi
immédiatement ce Babylas. Vous-vous rendez compte?
Il dérange Apollon. Exhumez-le.
Amenez-le où bon vous semble. Foutez-le dehors,
Qu'il parte, qu'il parte - trêve de plaisanteries,
Apollon exige que son sanctuaire soit purifié.

Nous avons pris ailleurs la sainte dépouille.
Nous l'avons amenée dans le recueillement et l'honneur.

Et voilà ce qu'il advint du sanctuaire!
Cela n'a pas traîné. Un feu énorme, feu terrible
a pris. Et le sanctuaire a brûlé, Apollon avec!

L'idole en cendres, nettoyé, bon pour la décharge.

Julien a suffoqué et prétendit - que pouvait-il
faire autrement! - que c'est nous, les Chrétiens,
qui avons mis le feu. Il peut causer
il n'y a aucune preuve.
Il peut raconter ce que bon lui semble.
Ce qui compte, c'est qu'il crevait de rage;
et de dépit.

1933 - 154

Traduction : François Sommaripas

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