Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Césarion

En partie pour vérifier une date,
et un peu aussi pour passer le temps,
j'ai ouvert hier soir un recueil
d'inscriptions du temps des Ptolémées.
Eloges et flatteries, c'est pour tous pareil,
tous superbes, glorieux, puissants et bienfaisants;
leur action à tous pleine de sagesse.
Quant aux femmes de leur lignée - Bérénices
ou Cléopatres - elles aussi admirables.

Une fois la date vérifiée, j'allais fermer le livre
lorsque je suis tombé sur une mention,
courte et sans importance, sur le roi Césarion.

Ah oui, toi, tu arrives avec ton charme incertain.
Tu n'apparais dans l'histoire,
qu'à travers quelques lignes;
j'ai pu ainsi t'imaginer librement,
te créer librement.

Ton visage, façonné par mon art,
est d'une beauté sympathique et songeuse.
Et je t'ai tant imaginé que hier soir
lorsque ma lampe fut éteinte
- je l'avais volontairement laissée s'éteindre –
j'ai cru que tu entrais dans ma chambre,
je t'ai vu devant moi
tel que tu étais ce jour dans Alexandrie conquise,
pale et fatigué, idéal dans ta tristesse,
espérant encore qu'ils vont t'épargner
les ignobles qui chuchotaient:
"Il y a des Césars en trop".

1918 - 73

Fils de Jules César et de Cléopâtre, il fut assassiné par Octave après sa victoire contre Antoine, (Voir préface).

Traduction : François Sommaripas

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