Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Dans une grande colonie grecque, 200 av. J.C.*

Certes, il serait exagéré de dire
que dans la Colonie les choses vont à souhait.
Ainsi, et malgré quelques progrès,
nous ne pouvons que prêter l'oreille
à ceux qui insistent qu'il est grand temps
de s'adresser à quelqu'un de compétant
en matière de Réformes.

Cependant, il y a l'inconvénient
qu'ils sont trop portés, - ces Réformateurs! -
à faire un drame en toute occasion.
(Ah! si l'on pouvait se passer d'eux!)
Au moindre détail, ils trouvent prétexte
pour questionner, fouiller, investiguer
et prescrire des réformes radicales,
insistant que, illico presto,
elles soient mises sur pied.

Ils préconisent aussi des sacrifices:
Renoncez à tel territoire,
cette possession paraît précaire
et ne peut qu'amener des ennuis.
Aussi, cette source de revenus
peut avoir des effets pervers
et donc cette autre qui en dépend,
et puis celle-là, par voie de conséquence,
substantielles peut-être, mais que faire,
tout risque prévisible doit être évité.


Puis, plus ils jaugent et ils contrôlent,
plus ils trouvent superflues
des choses dont on ne peut pourtant se séparer.

Lorsqu'enfin ils quittent la scène,
ayant tout défini, corrigé, amputé
et pris des honoraires bien mérités,
il ne nous reste qu'à constater ce qui subsiste
d'un tel acharnement chirurgical.

Peut-être la décision serait-elle prématurée,
toute hâte est dangereuse, on peut la regretter.
Il est certes malheureux, que, dans la Colonie,
il se pose tant de problèmes
- mais, n'est pas là le lot de toute entreprise humaine?
Puis, - ne faut-il pas le dire aussi? -
quoi qu'il en soit, nous allons de l'avant.

1928 - 135

Traduction : François Sommaripas

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