Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Darius

Fernazès le poète se trouve plongé
au cœur de son poème épique.
Comment Darius fils d'Hystaspès s'est trouvé
à la tête du royaume des Perses
(c'est de lui que descend notre glorieux roi
Mithridate, Dionysos et Eupator). Mais à ce point
la chose prend une tournure philosophique,
il faut analyser les sentiments qui dominaient Darius:
peut-être orgueil, ivresse - oú alors
le sentiment de la vanité des grandeurs.
Le poète est profondément plongé dans ses pensées.

C'est alors que son serviteur arrive en courant
et lui annonce la grave nouvelle.
La guerre avec les Romains vient de commencer.
La plupart de nos troupes ont déjà franchi la frontière.
Le poète est anéanti. Quel désastre!

Comment donc à présent notre glorieux roi,
Mithridate, Dionysos et Eupator,
pourrait-il s'occuper de poèmes grecs.
En pleine guerre –pensez-y, de poèmes grecs!

Fernazès est exaspéré. Quelle malchance!
Il était certain qu'avec "Darius" il se ferait valoir
et réduirait en silence ses détracteurs, ces envieux.
Quel ajournement dans ses desseins.

Et encore, si c'était tout!
Il faudrait savoir aussi si l'on est en sécurité à Amissos.
La ville n'est pas assez fortifiée.
Les Romains sont des ennemis atroces.
Pouvons-nous - nous les Cappadociens -
les affronter? Est-ce possible?
Grands Dieux, protecteurs de l'Asie secourez-nous. –

Cependant malgré tout ce désastre et son trouble
l'idée poétique revient avec insistance –
le plus probable - bien sûr! - ce serait d'orgueil et d'ivresse;
comblé d'orgueil et d'ivresse devait être Darius.

1920 - 95

Traduction : François Sommaripas

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