Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Démétrios Soter (162 - 150 av. J. C.)*

Toutes ses espérances furent vaines.

Il s'imagina des exploits notoires,
effacer le discrédit qui, depuis le désastre de Magnésie,
pesait sur sa patrie. Que la Syrie redeviendrait puissante,
avec ses armées, ses châteaux forts,
ses escadres et ses coffres pleins d'or.

A Rome déjà il souffrait de sentir
à travers les propos de ses amis,
tous ces jeunes gens de grandes familles,
à travers les égards qu'ils lui témoignaient,
à lui, le fils du roi Séleucos Philopator,
une certaine indifférence affable, une incrédulité polie
envers ces dynasties hellénistiques décadentes,
incompatibles avec toute entreprise sérieuse,
inaptes au pouvoir,
impuissantes à diriger les peuples.
Il recherchait la solitude, il s'indignait,
secrètement il s'engageait à leur prouver
qu'il n'en serait point ainsi;
il est plein de volonté, lui,
il est prêt à combattre, agir, vaincre.

Pourvu qu'il trouve le moyen d'atteindre l'Orient,
quitter l'Italie, s'évader, et toute cette force,
la flamme qui brûle son âme, l'impétuosité,
il saura la transmettre au peuple.

O, seulement atteindre la Syrie!
Il l'a quittée si jeune cette patrie
qu'à peine entrevoyait-il son visage.
Dans son esprit pourtant il évoquait son pays
comme un lieu sacré.
Il nourrissait la vision d'un pays beau,
vision et rêve de villes grecques.

Et à présent? Désespoir et tristesse. Oui,
ceux de Rome avaient raison.
Evidemment ce n'était pas possible,
c'était insensé de faire durer
les dynasties issues des conquêtes d'Alexandre.

Peu importe: lui il a lutté.
Lutté de toutes ses forces.
Et dans le fond de son désespoir,
une seule chose encore
lui permet de garder quelque fierté:
face aux autres et malgré l'échec,
il fait preuve d'un courage sans faille.
Quant au reste, rêves et efforts perdus.
Cette Syrie là, n'a rien de sa patrie,
c'est le pays d'Héraclidès et de Balas.

1919 - 89

Traduction : François Sommaripas

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