Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Deux jeunes hommes de 23 et 24 ans

Depuis dix heures et demie
il l'attend dans ce café.

Il devait arriver à tout moment,
à minuit, il attend toujours.
A une heure et demie, le café est vide,
lui, il est las de lire et relire
ces mêmes journaux.
De ses pauvres trois shillings,
il ne lui en reste qu'un seul,
tout a été dépensé en cafés et cognacs.
Il a fumé toutes ses cigarettes.
Et encore,
épuisé par cette longue attente,
l'idée troublante de sa vie dissolue
vient l'obséder...

Enfin, le voici son ami - et tout
fatigue, ennui, pensées noires s'évanouissent.

Et la nouvelle inespérée,
soixante livres gagnées au tripot!

Leurs beaux visages, leur splendide jeunesse,
le bel amour qu'ils partageaient,
reprirent vie grâce aux soixantes livres du tripot.

Et pleins de joie et de force,
irradiant l'amour et la beauté,
ils s'en vont -
non pas chez leurs honnêtes familles
(qui de toutes façons, ne voulaient plus d'eux)
mais vers un établissement de leur connaissance
une maison spéciale,
où ils démandent une chambre
et des boissons de choix.
Puis, vers quatre heures du matin,
les boissons consommés,
heureux, ils se livrent à l'amour.

1927 - 132

Traduction : François Sommaripas

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