Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Disciple du philosophe renommé*

Deux ans durant, disciple d’Ammonios Sakkas;
puis las! - de la philosophie comme de Sakkas!

Alors, il se mêla de politique.
Ce fut bref; un préfet niais,
entouré de pantins creux et solennels.
Quant à leur grec - n’en parlons pas,
des rustres!

Pendant quelque temps, il fut intrigué par l’Eglise.
Se faire chrétien. Mais,
tout compte fait, non! Ses parents,
notoirement traditionalistes,
en seraient outrés. De là, il n’y avait qu’un pas
- belle perspective, merci! -
pour couper net à leurs largesses.

Pourtant, il fallait bien faire quelque chose:
il devint l’hôte assidu
des maisons mal famées d’Alexandrie
et de ses antres secrètes de débauche.

A cet égard, les dieux l’avaient comblé;
pourvu, comme il l’était, d’un physique attirant à l’extrême,
il profitait joyeusement du don divin.

Pour quelques dix ans encore - pour le moins! -
sa belle beauté lui resterait fidèle, puis,
pourquoi pas?, il irait de nouveau chez Sakkas;
si, bien sûr, le vieux n’avait pas trépassé entre temps.
S’il était mort, il en trouverait bien un autre:
on trouve toujours quelque sophiste ou philosophe
qui fasse l’affaire.

Sinon enfin, il reprendrait la politique,
redécouvrant, fort à propos, vocation
pour les traditions familiales,
le sens du devoir, l’amour pour la patrie,
et autres formules pareilles - qui sonnent bien.

1921 - 103

Traduction : François Sommaripas

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