Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Fleurs belles et blanches comme il seyait...*

Il entra au café    qu’ils fréquentaient ensemble. -
Son ami lui avait dit,    il y a trois mois déjà
“Nous n’avons plus un sou,    pauvres hères que nous sommes
voués au quotidien    des plus tristes tripots.
Voilà, c’est sans détours,    je ne peux continuer
à vivre avec toi, un autre,    sache le, me veut”.
L’autre l’avait appâté    avec deux complets neufs
et quelques écharpes de soie.-    Afin de le reprendre
il remua ciel et terre    pour emprunter vingt livres.
Et il revint à lui    pour les vingt livres bien sûr;
mais aussi il revint    pour leur vieille amitié
pour leur amour à eux,    leur profond sentiment.-
L’ “autre”, n’était qu’un menteur    une espèce de filou;
ce n’est qu’un seul complet    qu’il put lui arracher
en insistant beaucoup,    à force de quémander.

Mais à présent il n’a    que faire de complets neufs,
il n’a que faire d’écharpes,    aussi fines soient-elles,
ni de vingt livres non plus    ni même de vingt shillings.
Dimanche on l’enterra    à dix heures du matin.
On l’enterra Dimanche    il y a presqu’une semaine.

Sur son cercueil de pauvre    il posa quelques fleurs,
fleurs belles et blanches,    la fraîcheur qui seyait
à sa belle jeunesse,    ses vingt et deux années.

Lorsqu’il entra le soir    -il fallait bien s’ y rendre,
pour quelque affaire de sous-    dans ce même café
qu’ils fréquentaient ensemble:    cet endroit fatidique
telle une lame glacée    lui pénétra le coeur.

1929 - 147

Traduction : François Sommaripas

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