Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Jeunes de Sidon, en 400 après J.C.

L'acteur venu pour les distraire
leur récitât des vers de choix.

La salle donnant sur le jardin,
les parfums des cinq jeunes de Sidon
se mêlaient aux senteurs des fleurs.

Il lut des vers de Méléagre,
de Krinagoras et de Rhianos.
Mais lorsque l'acteur a déclamé
"Ici repose Eschyle, fils d'Euphorion, Athénien..." (insistant peut-être trop sur
"à la fleur de sa jeunesse" "son combat à Marathon",)
un jeune garçon
plein de fougue et amoureux des lettres
s'est aussitôt levé pour déclarer:

"Je n'aime point ce quatrain
ce genre d'assertions parait pusillanime.
Il faut donner, je le prétends, toute ta force à ton œuvre,
et à ton œuvre encore il faut penser aux moments difficiles et
lorsque approche la fin de ta vie.
Ce que j'attends et que j'exige de toi,
c'est ne point oublier
le Verbe éclatant de la Tragédie,
Agamemnon, l'admirable Prométhée
les présences d'Oreste et de Cassandre,
les Sept contre Thèbes
pour garder en mémoire qu'à Marathon
toi aussi - l'un parmi la foule des soldats -
tu t'es battu contre Datis et Artapherne.

1920 - 94

Traduction : François Sommaripas

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