Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Jours de 1908

Cette année il est sans travail;
il s'en sort grâce aux cartes,
au jacquet, quelques fois d'emprunts.

On lui propose un petit emploi dans une papeterie.
Trois livres par mois. Il refuse net.
Ce n'est pas un salaire pour lui,
à vingt-cinq ans et passablement instruit.

A la limite, il arrive à se faire
deux à trois shillings par jour.
C'est ce que le pauvre hère peut gagner
dans les tripots de son rang,
malgré qu'il soit habile aux jeux
et qu'il choisisse ses dupes.
Quant à emprunter, pas évident.
Rarement arrive-t-il à soutirer cinq shillings,
le plus souvent la moitié mais, parfois encore,
il se contente d'un seul.

Mais il lui arrive dans la semaine,
lorsqu'il se libère de ces veilles horribles,
d'aller se rafraîchir et nager à la plage.

Ses vêtements sont en piteux état
Un seul complet, toujours le même,
couleur cannelle défraîchie.

Oh, jours d'été de neuf cent huit,
par un miracle d'esthétique,
ce costume couleur cannelle
disparaît de votre image.

Il s'efface du souvenir,
lorsqu'il l'enlève et qu'il se débarrasse
de ces frusques indignes et du linge rapiécé.
Et qu'il se trouve tout nu
dans le miracle de sa beauté parfaite.
Ses cheveux dépeignés rejetés en arrière,
La peau légèrement halée par le soleil matinal,
la nudité du bain.

1932 - 153

Traduction : François Sommaripas

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