Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

La ville

Tu t'est dit "J'irai ailleurs, un autre pays,
un nouveau rivage doivent exister, une ville autre.
Tous mes efforts ici sont condamnés;
et mon cœur n'est que mort, enterré.
Jusqu'à quand ce marasme? Où que je tourne mes yeux,
où mon regard se pose, je ne vois que ruines
celles de ma vie gâchée, depuis toutes ces années
ici, où je ne suis que l'épave de moi-même.

Il n'y aura pas d'autres pays,
tu chercheras en vain d'autres rivages,
la ville te poursuivra. Dans ces mêmes
rues tu iras roder. Et tu vieilliras
dans ces mêmes quartiers; tes cheveux
blanchiront dans ces mêmes maisons.
Toutes les routes te ramèneront ici,
dans cette même ville.
Pour ce qui est d'ailleurs - n'espère pas -
pour toi point de navire, point de chemin.
De la façon dont ici,
dans ce petit coin tu as raté ta vie,
tu l'as ruinée partout, sur toute la terre.

av. 1911 - 23

Traduction : François Sommaripas

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