Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Les dieux n'avaient qu'à pourvoir...*

C’est la limite de l’indigence!
Cette ville fatale, Antioche,
- ses coûteuses extravagances -
ont épuisé toutes mes ressources.

Mais je suis jeune, en forme excellente
et le grec (fort de Platon et d’Aristote)
je le manie habilement.
De même des orateurs et de poètes:
je jongle avec!
Qui plus est, les affaires militaires me sont
familières
- j’ai mes entrées chez le chef des mercenaires -
et pour l’administration, c’est pareil.
L’année passée, six mois à Alexandrie
m’ont renseigné sur leur cuisine là-bas:
visées de Kakergètes, intrigues, coups bas
et tout le reste - des choses fort utiles à savoir.

Je m’estime donc pleinement qualifié
pour servir ce pays,
ma très chère patrie la Syrie.

Quoi qu’ils me confient, je ferais mon possible
pour rendre service au pays. L’intention est ferme.
Si, toutefois, ils m’empêchaient - leurs systèmes, on les connaît!
si, avec leur incurie chronique ils m’empêchaient,
à qui la faute?

A Zavinas d’abord j’irais m’adresser
et si jamais, ce crétin, boudait mes services,
à Grypos, son rival, je me présenterais.
A supposer qu’il ne sache, cet imbécile, m’apprécier,
aussitôt chez Hyrkanos j’irais sonner.

De toute façon, parmi les trois quelqu’un voudra de moi.

Et à présent qu’on ne me raconte pas
que, quant au choix, je ne fus pas gêné et caetera:
moi, je prétends avoir la conscience tranquille:
tous les trois, pour la Syrie, sont tout aussi néfastes.

Et puis pour moi, homme ruiné, quelle est l’alternative?
Je cherche aussi, le pauvre, à me caser.
Les dieux puissants n’avaient qu’à y pourvoir.
Un quatrième, qui, lui, serait le bon;
avec joie, s’il existait, j’irais auprès de lui.

1930 - 149

Zavinas, Grypos, Hyrcanos - Voir préface

Traduction : François Sommaripas

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