Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Les pas

Néron, dans son lit d'ébène
orné d'aigles en corail,
dort profondément, insouciant,
tranquille, heureux; dans le plein
épanouissement de sa chair,
la belle vigueur de sa jeunesse.

Mais dans la salle en albâtre qui abrite
l'antique laraire de la famille,
quelle inquiétude parmi ses Lares!
Ces petits dieux domestiques tremblent et essaient
de dissimuler leurs corps chétifs.
Ils viennent d'entendre un bruit funeste,
un vacarme horrible dans l'escalier,
des pas de fer qui secouent les marches.
Et, morts de peur, les pauvres Lares
se précipitent vers le fond du laraire,
se bousculent, se heurtent, se renversent
l'un petit dieu butant sur l'autre
- ils ont compris quel est ce vacarme,
reconnu les pas des Erinyes.

av. 1911 - 12

Traduction : François Sommaripas

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