Cavafis, pourquoi ? - Poèmes traduits par François Sommaripas

Un jeune homme voué aux lettres - à ses 24 ans*

Et encore, ma tête, il faut fonctionner! -
Lui, il est déjà usé,
miné par un désir inassouvi.
L'énervement le gagne, le perd. Tous les jours
il embrasse le visage aimé,
les formes sublimes du corps qu'il désire,
il les possède.
Jamais il n'a aimé d'une telle passion.
Mais pourtant manque,
il manque ce beau sommet de l'amour,
une intensité égale, partagée des deux.
(Ils ne sont pas donnés également,
pas de la même façon,
lui seul est possédé totalement
par la volupté interdite qu'ils partagent).
Et il s'épuise, et il s'agace, et il s'énerve.
De plus, il est sans travail, ce qui aggrave le tout.
Il se démène pour emprunter quelques sous -
des sommes dérisoires qu'il mendie presque
et fait ainsi semblant de vivre.
Il embrasse les lèvres adorées. Sur le corps sublime
- qui à présent, il le sait, se laisse faire sans plus -
il prend sa jouissance.
Et puis, il fume et il boit; il fume et il boit
et traîne ses journées dans les cafés,
traîne sans répit l'ennui de sa beauté
qui se morfond.-
Et encore, ma tête, il faut fonctionner !

1928 - 134

Traduction : François Sommaripas

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